Nos analyses

Quand on parle qualité des eaux de baignade, on se base avant tout sur des analyses bactériologiques (en ne tenant compte que de deux paramètres microbiologiques) qui ne représentent qu’un aspect de la pollution marine. Les analyses nous montrent qu’il y a d’autres composantes de la pollution à prendre en compte d’urgence. On commence à peine à prendre la mesure de l’impact sanitaire et environnemental de la pollution chimique, le plus souvent invisible, mais qui est partout autour de nous : dans les aliments que nous mangeons, dans l’air que nous respirons et…dans l’eau dans laquelle nous nous baignons ou faisons du surf ! C’est ce que nous apprennent les analyses que la CSE du Pays Basque vient de rendre publiques, dans la continuité de la campagne de sensibilisation intitulée « Stop à la vague toxique » qui avait été initiée en 2002 suite à la marée noire du Prestige. Malgré cette opération, la situation n’a pas évolué : les surfeurs et les citoyens du bord de mer voient l’océan continuer de se dégrader alors que les pavillons sur nos plages restent bleus de manière incompréhensible.

La CSEPB a décidé de faire ses propres prélèvements et de les faire analyser par un laboratoire indépendant pour prouver la réalité de cette pollution chimique. Les prélèvements en eau de mer ont été effectués sur une plage de la côte basque, un jour où l’eau était de « bonne qualité visuelle » (belle couleur, pas de mousse suspecte en vue, début de la période estivale…). Les analyses en eau de mer réalisées par un laboratoire indépendant* ont révélé une forte contamination par environ trente-cinq micro-contaminants organiques identifiables par recherche de similitude spectrale. Ont été détectés :

- des hydrocarbures : parmi les hydrocarbures détectés, les hydrocarbures aliphatiques saturés étaient majoritaires et se répartissaient dans la plage C9-C29 (coupes pétrolières dont sont issues les huiles de lubrification-moteur).

- des détergents : l’ensemble des micro-polluants organiques détectés dans l’échantillon d’eau de mer était nettement dominé par un produit lourd que la recherche de similitude spectrale a permis de rattacher à de l’oleate de methyle, une molécule très largement utilisée dans la fabrication desdétergents, émulsifiants et autres tensio-actifs.

- des phtalates : quatre phthalates ont été clairement mis en évidence, parmi lesquels le DEHP qui reste majoritaire. Certains phtalates sont des perturbateurs endocriniens, leur présence dans l’eau de mer montre la diffusion de ce poison qui, avec de microdoses quotidiennes, perturbe nos cycles hormonaux favorisant certains cancers et troubles de la fertilité. (Note : on retrouve également des phtalates dans les bouées et matelas gonflables).

D’autres analyses réalisées sur un échantillon prélevé dans l’Adour, en amont de Bayonne, sont tout aussi alarmantes. L’Adour est le fleuve du Sud-Ouest de la France qui se jette dans l’Océan Atlantique au nord des plages d’Anglet (non loin du spot de surf fortement pollué baptisé par les surfeurs locaux « Le Furoncle« ). Et comme tout fleuve va à la mer, les polluants qu’on y détecte se retrouvent dans l’océan où ils sont dilués. On a retrouvé dans l’Adour une pollution par carburants de types diesel et essence ainsi que des huiles usées de lubrification moteur. Parmi les métaux lourds, du cadmium a été retrouvé à faible dose, mais il s’agit d’un puissant perturbateur endocrinien : ici ce n’est pas la dose qui fait le poison mais le temps d’exposition. Une deuxième analyse des prélèvements a également permis de retrouver des pesticides dans les prélèvements effectués.

Certains de ces polluants peuvent agir comme perturbateurs endocriniens, d’autres pénétrer à travers la peau ; ils peuvent aussi et surtout s’enrichir et se concentrer au sein des sédiments et des chaînes alimentaires, des micro-organismes jusqu’aux gros poissons que nous mangeons. Selon le Docteur Sylvie Pérès, responsable de la CSE du Pays Basque, la notion de « dose seuil » n’est pas valable ici car il s’agit plutôt d’un « effet cocktail » : c’est l’addition des micro-doses des différents polluants qui est dangereuse pour la santé et doit impérativement être prise en compte. Ce mode de toxicité chronique peut participer à l’aggravation des épidémies modernes que sont les cancers, les troubles de la fertilité, le diabète, l’obésité, certaines maladies neurologiques… « En matière de perturbateurs endocriniens, il n’y a pas de dose seuil, c’est donc l’effet durée-exposition qui se manifeste pour engendrer des perturbations endocriniennes. Ces substances doivent donc être absentes car nous ne savons pas non plus mesurer l’effet cocktail de ces substances » rajoute le Dr Francis Glemet, pharmacien industriel et porte-parole de la Coordination Nationale Médicale Santé Environnement (CNMSE).

La toxicité aiguë des polluants chimiques pourrait elle expliquer certaines allergies constatées au contact des eaux de baignade.

Il est urgent que ces polluants chimiques soient surveillés régulièrement et que des normes chimiques des eaux de baignade soient établies. Cette cartographie est nécessaire pour ensuite établir de nouvelles mesures de prévention car ces polluants chimiques traversent les stations d’épuration actuelles. On ne trouve que ce que l’on cherche, et il est urgent de prendre en compte l’existence de cette pollution chimique pour la détecter et surtout pour substituer les polluants chimiques les plus dangereux que nous utilisons par des alternatives plus écologiques, dans le respect de la santé humaine et de notre environnement.

*Prélèvements effectués le 22 juin 2010 sur une plage du nord de la Côte Basque, et sur l’Adour à une vingtaine de kilomètres de son embouchure. Analyses réalisées en spectrométrie de masse par le centre privé de recherche appliquée et d’expertises en chimie organique Analytika situé à Cuers dans le Var. Site Internet : www.labo-analytika.com

 

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